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  • P'tit Bob
  • Une vie sucrée-salée pour chasser l'amer.
 Un pont entre la France et la Tunisie, pour chasser la mer.
 La recette d'un plat saupoudré d'amour.
 Merci la Vie.
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GRAINES D'AVENIR

L'association de Véronique Jannot

pour les enfants tibétains en exil 

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  Association Soeur Emmanuelle

 
 

Oscar

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7 juin 2010 1 07 /06 /juin /2010 20:59

Il y a combien de temps ? Dix ans. Douze ans, peut-être. Peu importe.

Pour moi, c'était hier. C'était il y a une heure.

 

La voiture roulait au milieu de nulle part. La route ne se distinguait que par la grosseur moindre des cailloux qui la formaient. Car l'endroit était le temple du cailloux. Des cailloux à perte de vue. Un desert de cailloux. Des maisons en cailloux.

On aurait pu dire qu'il n'y avait rien. Mais il y avait tout. Il y avait l'essentiel. La vie. Et ce qui donne la vraie valeur des choses. La vraie richesse vitale derrière son visage rude et acéré.. 

Nous grimpions le chemin qui nous menait jusqu'au sommet de la montagne. Mais le dieu cailloux eut raison de nous et nous mit en demeure de stopper là notre course.

Des enfants accoururent vers nous. De jeunes enfants qui profitaient de l'évènement. Et l'évènement c'était nous. La voiture et sa plaque d'immatriculation française. Devant leur yeux se dressait la Fiat Tour Eiffel.

 

SCAN0110 GF

 

Nous échangeâmes quelques mots. De ces mots qui rapprochent de part leur différence, de part leur maladresse. De part leur sincérité. Nous avons ri aussi de cela. Quelques bonbons qui trainaient dans le vide-poche les enchantèrent. Peut-être même plus que la menue monnaie locale que nous leur glissons dans leurs petites mains. Ils étaient heureux. Ils le montraient. Connaissaient-ils le Pére Noël ? Je ne sais pas. Mais là à cet instant, un Père Noël d'été descendait de la Fiat Tour Eiffel au milieu de nulle part. Pour le bonheur d'un échange furtif. Un échange trop bref. Une communion de vies. Une union.

Ils voulurent une photo souvenir. Alors face à l'appareil, ils prirent la pose. Fiers.

Mais avant d'appuyer sur le bouton qui éternisera cet instant, sur le papier et dans le temps, je pris un yaourt aux fruits qui attendait sur la banquette arrière. Je le donnais à l'un d'eux. Machinalement. L'enfant ouvrit des yeux grands comme la montagne qui nous dominait. Il repris sa place pour la photo.

Puis il serra son yaourt contre sa poitrine comme il aurait protégé un oiseau blessé, et se mit à courir.

Je compris immédiatement que ce modeste yaourt fruité était pour lui un trésor. Ses copains lui coururent après. Peut-être pour le lui prendre, peut-être pour le partager. Mais apparement, le petit gars était déjà rentré chez lui.

 

Nous avons gravi à pieds le chemin pour visiter les environs et admirer cette mer de pierres à perte de vue. Un spectacle insolite. Un tableau irréel dans lequel un homme à dos d'âne, un chien à ses côtés s'improvisaient comme des personnages hors du temps, pourtant bien dans leur quotidien.

Quelques minutes, voire quelques heures plus tard, nous avons remis le moteur en marche pour redescendre et entamer notre route sur le chemin du retour. Les gamins se mirent au garde à vous à notre passage sur le bord de la route en nous lançant des au-revoirs locaux. Des à-bientôt chaleureux.

 

SCAN0109_GF.jpg

 

Au détour d'un virage, passant devant une petite maison de cailloux recouverte de chaux blanche, une femme nous fit signe de nous arrêter. Elle s'approcha de nous et nous offrit des pains confectionnés par ses soins, de petits pains frais et encore chauds.

"Chokrane... Chokrane..." Elle nous remerciait. Mais de quoi ?

Puis de la porte de planches de bois, un gamin à l'air timide et au regard vif de celui qui vient d'arracher le papier brillant d'un cadeau surprise, pointa le bout de son nez. A sa main, il tenait un yaourt. Le yaourt. C'était le petit gamin à qui j'avais donné ce modeste pot de lait fermenté aromatisé au goût d'un quelconque fruit.

 Pour nous, sa mère avait préparé spécialement de petits pains maison et avait attendu notre passage pour nous remercier de ce cadeau du ciel.

Un yaourt.

Incroyable !

 

C'est là que le bruit assourdissant de la claque magistrale que l'on se prend en pleine face nous fait réaliser que nous vivons dans un monde où les enfants font des caprices pour avoir leur parfum de yaourt préféré au milieu d'un rayon réfrigéré de plusieurs mètres de long avec des deux côtés des yaourts aux mille couleurs, aux mille goûts, au mille matières grasses, au mille marques. Au milles préférences. Aux milles caprices.

C'est là que l'on se dit que nous n'avons pas le droit. Pas le droit de se plaindre. Que nous prenons conscience que, justement, si l'on se plaint c'est parce que nous nous noyons dans un océan de yaourts qui nous empêche de voir les horizons de la vraie Vie. Des vraies valeurs de la vie.

Le regard de ce bambin, le remerciement croustillant de sa mère furent pour moi le vrai parfum de ce yaourt providence dans lequel, au milieu de ce désert de cailloux, il y avait un coeur. Mais pas un coeur de pierre.

 

 

SCAN0109.JPG

 

Il y a combien de temps ? DIx ans ? Douze peut-être. Qu'importe.

Pour moi, c'était hier. C'était il y a une heure.

Souvent je partage ce yaourt éternel avec cet enfant qui ne grandira jamais dans la leçon de vie qu'il m'a donné sous le soleil de son pays. Il y a des rencontres, il y a des instants, il y a des partages qui font vraiment grandir.

Les enfants n'ont jamais vu les photos mais moi, depuis, j'ai grandi de la hauteur d'un pot de yaourt.

 

 

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Published by P'tit Bob - dans Instants
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commentaires

macath 05/04/2011 12:07


Je crois que je cherchais une manière différente de faire mes yaourts. Dans le fond je crois que j'ai trouvé la recette idéale, pas tout à fait celle que j'aurais imaginé au départ. :-)


P'tit Bob 12/04/2011 21:18



Merci beaucoup, Macath. A bientôt, j'espère. Bob