Citations, Tunisie, Menzel Jemil, recettes de cuisine, Photos, Spiritualité, Amour
Cet après midi, je me suis installé sur la terrasse.
J’aime ce petit coin de tranquillité modeste qui fait de mon appartement d’HLM une maison et prend des allures de jardinet. J’aime à lire ainsi. D’autant plus lorsque l’objet de ma lecture est très intéressant. Je ne me suis pas mis au bord de la balustrade, comme d’habitude. Car si d’ordinaire, je m’y assois au soleil, cet après midi – mais qu’importe – il pleuvait.
Les personnages du roman furent dérangés par un bruit. Je l’entendis aussi. Ils stoppèrent net leur scène d’amour – ils étaient à la mairie de la page 47 en train de s’unir dans un mariage d’amour – à l’instant même où je les quittaient pour écouter ce bruit moi aussi.
C’était la pluie.
A y faire attention, les gouttes, selon le lieu de leur ultime chute, ne font pas le même son.
Je fermais les yeux tout en confiant mon marque page à la future mariée.
Les feuilles naissantes du platane de la cour, le clapotis du goutte à goutte dans le seau habituellement vide, le fer de la balustrade, les pétales des pensées violettes et orangées et le rebord de leurs demeures-jardinières, le plateau de la table… tout devenait instrument.
Toujours les yeux clos, je me laissais envoler par ce concert inattendu.
Il ne pleuvait plus, il jouait de la musique.
Les oiseaux, invisibles dans leur abris, ou plus courageux sur les branches en face, faisaient les chœurs, et ne s’offusquaient pas des vocalises du canaris du balcon des voisins. Le rire d’un enfant, comme le pleur d’un autre au loin, ondulaient la mélodie au rythme de leur éclats de vie. En fond de cet orchestre météorologique, le bruit sourd du moteur des voitures qui passaient dans la rue, de l'autre côté, furent le craquement improvisé des microsillons des disques vinyles de mon enfance.
Le coup de cymbales final fut donné par l’aboiement joyeux d’un chien sortant de l’allée pour un instant de liberté et de soulagement.
Je rouvris les yeux. Je rajustais un peu mes vêtements pour me rendre à la cérémonie des héros du roman que j’ouvris à la page même du bouquet de la mariée. Que leur réservait la suite de l’histoire pour être ainsi dans ce roman ? Je n’en savais encore rien. Mais ne dit-on pas : "Mariage pluvieux, mariage heureux" ?
Illustration : "Pensées sous la pluie"
Aquarelle de Françoise Lallemand