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Où est mon cheval, ce brave ami qui me conduit au delà des vallées ? Pour un peu de repos, je l’ai laissé près de cette fontaine pour qu’il se rafraîchisse à son eau. Il faisait si chaud. Je suis entré à l’ombre d’une auberge blanche pour me rassasier d’une quelconque pitance et voilà que je ressors et mon cheval n’est plus.
Et l’eau de la fontaine ? Dans quel destin coule-t-elle depuis que son bassin, cet abreuvoir riche à la ville a disparu ? Depuis que son visage est sec.
Quelle magicienne m’aurait réveillé d’un trop long sommeil ? Est-ce cette ensorceleuse du temps qui aussi a changé les couleurs de mes ici ? Où bien l’eau qui à force de s’alanguir sur les teintes turques et vives les aurait délavées ? Comme les siècles ont coulé sur moi jusqu’à cet aujourd’hui qui me sort d’un rêve nostalgique et arabe.
Pourtant l’endroit est bien celui où mon cœur s’arrêta. Il y a longtemps. Je reconnais son âme et les embruns de son port. Les pavés où claquent mes pas me saluent comme une reconnaissance dans un hymne hors du temps.
Où est mon cheval ? Où est la fontaine ? Pourquoi cet endroit me fascine ? Pourquoi l’aimer autant dans cette brume intemporelle qui me grise et me suspend dans mes délires bizertins ? Qu’aucune réponse ne soit données ! Qu’aucune raison ne menace l’esprit de ma mélancolie !
Peu importe ma folie ; je pose mes mains sur ce qu’il reste d’elle et qui fait qu’elle est belle encore. Et je la sens frémir. Et je la sens vibrer sous mes doigts comme elle le faisait du temps où elle offrait son eau comme un vital échange. C’est ainsi que moi ici et parfois de passage m’abreuve au sang de cette fontaine qui est le sang des ans.
D’ici coulait de l’eau. Et j’avais un cheval.